‘l'expression du jour’

Dès le XVe s, on retrouve la curieuse locution dans ces vers de Charles d’Orléans:

Mieux aimassent à gogo
Gésirs sur mols coussinets.

« Gracieux, non?… cela suggère une idée d’aise et de bon temps pris, qui est aussi chez Scarron, lequel contemple une très jolie fille :

Mais je vis bien à gogo, comme on dit
Celle de qui tant de rumeur on fit
Quand elle fut des filles de la Reyne…

A gogo, se dit des choses plaisantes et agréables qu’on a en abondance – dit Furetière. les gens riches vievent à gogo. il a de l’argent à gogo, tout son saoul. ce mot est bas… »

Gogo est une altération par redoublement de gogue, qui signifait « plaisanterie, divertissement » il a donné « goguenard ». « Et ne disoit jamais une parole, puisqu’il estoit en gogues, qu’elle n’apportast avec elle son ris [rire]. (Louis xI)
« Etre dans les gogues » c’est être dans la joie, la bonne humeur et le plaisir – autrement dit : être en goguette, son diminutif naturel. « j’ai appointé un poussin et une belle pièce de mouton dont nous ferons goguettes »
Que dire en tous cas de ces alexandrins qui ont l’air de sortir d’une pièce de Boulevard contemporaine, et qui sont pourtant du très classique Thomas Corneille, petit frère de l’auteur du Cid :

Ne parlons que de joie, et jusqu’au conjungo
Laissez-moi, s’il vous plaît, m’en donner à gogo.

Claude Duneton, dans « la puce à l’oreille »

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Posté par Pauline (www) le 18 janvier 2010 à 14:02 | l'expression du jour | Trackback | Commentez cette note !
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faire des yeux de merlan frit

larousse : « Lever les yeux au ciel, d’une manière ridicule, de sorte qu’on n’en voit plus que le blanc. » c’est là une gestuelle de cinéma muet, qui, accompagnée des soupirs énamourés de rigueur, n’ a guère plus cours chez les amants. l’expression est pourtant demeurée en usage depuis le dernier quart du XIXe où elle est apparue, reprenant une notion d’oeil blanc qui était jusque là l’apanage de la carpe.

C’est en effet la carpe, poisson autre fois commun sur toutes les tables, qui a fourni le prototype de cette image culinaire de la pâmoison amoureuse, réelle ou rêvée.

un jour malgrmalgré ses r’gards sévères
l’ayant pris par les sentiments
Pour une andouille et trois ’tis verres
j’devins le plus heureux des amants.
J’la vis quand elle fut en ribotte
Se pâmer comme une carpe au bleu
Ah ! jarnidieu!
Ah! Ventrebleu,
N’y a pas d’princesse qi la dégote
LA Javotte
Du cadran Bleu
(Emile Debraux)
Je suis allé pêcher dans une oeuvre dormante, les Oeuvres badines du Comte de Caylus, où peu de gens laissent traîner leurs filets, la constatation irréfutable que la métaphore des yeux de poisson frit était déjà bien établie, dés la première moitié du XVIIIe siècle:
« Un jour, c’était pendant le grand chaud de l’été, s’étant retiré dans une grotte qui était au bord de ce canal, il vit une belle grande carpe, mais grande comme une personne; ce qu’on remarquait davantage, c’était ses yeux; jamais on n’en avait vu de si tendres. c’est de là qu’on dit des amants qui regardent tendrement leur belle : qu’ils font des yeux de carpe frite » (Caylus, Recueil de ces messieurs, 1745)

tiré de La puce à l’oreille, Claude Duneton

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Posté par Pauline (www) le 27 novembre 2009 à 12:03 | l'expression du jour | Trackback | Commentez cette note !


« prendre une bitture »

je tiens à préciser que c’est le hasard qui m’a fait ouvrir le livre (La puce à l’oreille, Claude Duneton) à cette page!

Il est vrai que les matelots moulés dans leur bleu & blanc prennent, dés qu’ils sont sur le « plancher des vaches », de fameuses bittures! Le mot vient d’eux.

Une bitte, du scandinave biti : « poutre sur un navire », désigne cette sorte de billot fixé au pont sur lequel les cordes sont enroulées, particulièrement le câble qui retient l’ancre. [...] La bitture est, d’une façon précise, la « portion de câble qu’on devait filer en mouillant, et qui était élonguée sur le pont, sur l’arrière des bittes [...] Disposer ainsi le câble s’appelait prendre la bitture » (larousse). Prendre une bonne bitture, c’est « prendre une longueur de câble suffisante ».

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cette idée de « mesure », de « bonne dose », a fait qu’en langage de bord une biture est devenue vers le début du XIXe siècle la métaphore d’un « repas copieux », une ventrée en quelque sorte. [...] Mais la valeur de forte dose « de liqueur et de spiritueux » s’est avancée à grands pas, avec toutes les conséquences de soûlerie afférentes. Prendre une bonne biture était passé dans la langue générale des buveurs dès les années 1880, elle n’a guère perdu de terrain depuis lors…

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lexpression-du-jour
Posté par Pauline (www) le 13 novembre 2009 à 11:33 | l'expression du jour | Trackback | 1 commentaire »


Aujourd’hui, premier vendredi du mois (…!) je lance une nouvelle rubrique :  « l’expression du jour »

Curieuse et amusée des expressions qui peuplent notre quotidien, j’ai enfin trouvé de quoi me rassasier avec
La puce à l’oreille de Claude Duneton. Une anthologie des expressions populaires avec leur origine… délicieux.

comme mise en bouche,  sa dédicace:

« Je dédie ce livre à l’inconnu qui,
un soir de juillet 1977, à la cafétéria
d’un supermarché de la banlieue sud,
alors que, les yeux un peu vagues,
je rêvassais à la composition de ces pages,
m’a pris pour un paumé, et,
avec beaucoup de délicatesse, m’a donné
10 francs.
Je ne lui avais pas parlé; j’avais
simplement expliqué à son petit garçon
que les corbeaux qui évoluaient au fond de
la piste de l’aéroport étaient les petits
Boeing 707 qui venaient d’attérir.
Il faut toujours dire de jolies choses aux petits garçons. »

On commence cette semaine avec :
Avoir la poisse… c’est ce qui me caractérise depuis un petit moment!

Avoir la guigne, avoir la poisse… un dérivé de la poix, la glu dont on n’arrive pas à se dépêtrer, qui colle aux pattes des oiseaux malchanceux.
Au XVIe siècle, un poissard était un voleur, à cause de poisser, dérober – peut-être à l’origine, à l’aide de baguettes enduites de poix.

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d’ailleurs, je ne sais pas qui est l’illustre inconnu de ce dessin, et j’en suis désolée… impossible de trouver son nom!

Pour la prochaine, le hasard m’a fait ouvrir le livre à la page « prendre un bittture »…
c’est de bon ton pour un vendredi !!
si ca vous inspire, j’attends vos contributions par mail

lexpression-du-jour
Posté par Pauline (www) le 6 novembre 2009 à 14:30 | l'expression du jour | Trackback | 4 commentaires »